Enseignements du Kiosque civique printemps 2026

L’espace d’échange « Tiers Lien » a rejoint le kiosque civique conçu par Jean-Michel Viel (voir AIRS sur linkedIn) sur 4 temps ce printemps :
– Un stand au Village des possibles organisé par Alternatiba les 25-26 avril
– du 13 au 15 mai dans 3 quartiers de Rennes dans le cadre du Printemps Citoyen de Rennes Métropole.
Les échanges avec les passants ont concerné soit la citoyenneté soit plus globalement les transformations de la société.

Installation Mail François Mitterrand, Village des possibles - 26 avril 2026
Installation Mail François Mitterrand, 26 avril

Au Village des possibles, j’ai recueilli quelques propositions en réponse à la question « Quand est-ce que je me sens citoyen.ne ? ».

Première surprise : une large majorité relevait du vivre ensemble, faire ensemble, entre amis ou avec des inconnus, échanger dans des lieux ouverts, rire et aimer… avec parfois un soupçon d’enjeu politique (le cadre Alternatiba n’y est sans doute pas pour rien).

Le second groupe (5 ou 6 post-it) concernait l’expression et l’écoute notamment en politique : « Ne pas être traitée comme une étiquette ou un enfant mais comme un être humain », « Quand le politique écoute vraiment ce que dit un citoyen », « quand je me permets de l’ouvrir ! », « plus de compréhension… culture du bien-être et de l’écoute… »… (et quelques coups de gueule que je ne reproduis pas ici).

Le dernier contact m’a ramené à une autre réalité : un jeune couple, en réponse à la question, me renvoie une autre question : « Français ? ». Il n’avaient pas le temps d’un échange plus approfondi, mais cela nous renvoie clairement à l’articulation entre se sentir membre d’une communauté en participant à la vie commune et être (légalement) reconnu comme membre actif de cette société civique. Question que les passants précédents ne se posaient apparemment pas, ce 2e volet devant être implicitement acquis pour eux. Un seul nous avait dit « quand je vais voter ».

Dans les 3 temps du printemps citoyen 13-15 mai, seul le jeudi jour férié dans un parc public a vraiment attiré quelques curieux. A côté de la partie exposition, ils étaient invités à contribuer aux 5 questions de la Fresque du Buen Vivir
(si vous avez raté les épisodes précédents voir le billet d’intro au Tiers Lien).

Au-delà des réponses, les attitudes et commentaires spontanés étaient tout aussi instructifs :

  1. Chacun des 3 jours, une personne différente est venue nous parler de démocratie participative… pour nous faire part de sa déception. Ils/elles avait participé à des conseils de quartier ou autres initiatives, puis laissé tomber pour des actions associatives plus gratifiantes. Sans détailler expériences et arguments, je retiens qu’il ne suffit pas de donner un peu de « participation » pour que les gens se sentent réellement « empouvoirés » ou même écoutés (eh oui, encore l’écoute).
  2. Plusieurs personnes discutaient volontiers, mais sans savoir vraiment quoi écrire ; ou oser écrire ? Ils/elles me donnaient l’impression de ne pas se sentir légitimes ou compétents pour formuler une critique ou une proposition, alors même qu’il n’y avait aucun enjeu réel ! L’attitude inverse de celle décrite au point 1 ? En tout cas la même question : qu’est-ce que participer veut dire ? Ce refus de l’écriture n’empêchait pas pour autant des échanges oraux fort intéressants sur les expériences de vie et les aspirations.
  3. Le sujet récurrent, exprimé par la majorité des visiteurs, sous différentes formes, était l’injustice, l’inéquité dans la répartition des richesses
  4. Avant de partager la « moisson », je dois dire que j’ai été particulièrement touché par le sérieux avec lequel l’une des contributrices a voulu répondre, en deux étapes de « maturation ». Un premier post-it, dans la catégorie « que faut-il supprimer » : La chasse, ne pas tuer les animaux pour le plaisir. Puis, d’elle-même, un formidable approfondissement de la question pour aboutir à un second post-it, le seul signé ! :

Il n’y a pas besoin d’attendre la retraite pour avoir des avis pertinents et envie de les défendre. Gratitude à Inès, 11 ans (?).

Voici maintenant en vrac les réponses recueillies, le « bon classement » est secondaire. Je vous laisse le soin d’en tirer des récits, de ressentir ce qui fait écho en vous ; on voit bien comment ces questions permettent des aller-retour entre l’intime et l’universel :

Les fondations
La compassion, la douceur / La bienveillance et la tolérance / une société plus inclusive, sans ghetto / la curiosité et l’esprit critique / une meilleure répartition des richesses, de la nourriture et de la santé (grâce à un super logiciel car les humains seuls n’y arriveront pas) / le pouvoir doit être temporaire et impliquer une activité (politique) sans profit.

Ce qui doit renaître
La leçon de morale à l’école / Des espaces de gratuité / Plus de discussion / Moins d’égocentrisme / L’empathie / Plus de rencontres intergénérationnelles / Un salaire correct pour tout travail / Plus d’égalité / La culture du bien-être / Une obligation à l’écoute de soi et des individus (???)

Ce qui doit cesser
L’intolérance / La peur de la différence / Le racisme / La domination par l’argent, les inégalités et la violence / Le monopole qu’il soit politique , financier , de savoir, technologique etc. / Tout ce qui pollue / Le système éducatif vieillot pédagogiquement / Les animaux ont le droit à une vie et à une mort plus saine (Inès) / La compétitivité avant le respect de l’autre / La prescription dans tous les cas de violence / Le néolibéralisme / Les établissements privés scolaires qui ferment les yeux / L’obligation de garder le lien avec parents biologique même en cas de maltraitance.

Les moyens
Une école démocratique / La pairaidance, la réparation, le faire soi-même / La décentralisation du pouvoir / Logement et repas pour toustes / Une répartition équitable des richesses / Une démocratie plus participative et horizontale / La répartition équitable des richesses / La philosophie dès la petite enfance /

Où ça s’expérimente
Les FabLab / Tiers lieux / espaces ouverts gratuits / Les lieux publics, réunion dans les parcs… / Des coopératives, lieu autogérés / Les bars / Les centres sociaux.

Il fallait un peu insister pour que cette dernière rubrique ne reste pas vide. Pourtant c’est celle qui permet de passer de l’idée à l’action, du rêve à la réalité. Sentiment d’impuissance face à des enjeux trop larges ?
A l’heure où tous les lieux qui expérimentent d’autres façons de vivre ensemble, de créer, de se nourrir, d’échanger, de prendre soin… sont menacés par des politiques qui veulent tout soumettre aux « marchés », cela devient presque la question la plus importante des cinq à mes yeux.

3 lieux, 3 atmosphères : Place Hoche, Parc des Gayeulles (Bravo aux artistes pour le décor « Stranger Things »), Le Blosne

Installation place Hoche
Halle Parc des Gayeulles
Halle Parc des Gayeulles
Halle Agnès Tirop, Le Blosne

Kiosque Civique du 7 juin

Une exploration constructive

Avouons-le, peu de passage ce samedi 7 juin 2025 rue de la Poterie, pourtant le Kiosque Civique monté par Jean-Michel était prêt à accueillir du monde :

Nous avons dû renoncer aux cercles de dialogue autour de la citoyenneté, faute de passage simultané d’un groupe suffisant. Le programme ambitieux que nous avions proposé s’est de fait réduit aux échanges sympathiques et constructifs avec la quinzaine de passants, qui ont pu voir l’expo itinérante ATD sur la maltraitance institutionnelle et les affiches de différents mouvements.

La plupart ont apporté leur contribution à la fresque du jour (c’est ballot, j’ai oublié de la prendre en photo avant de démonter…). Une version plus lisible est partagée plus bas.

Cette moisson est caractéristique de l’articulation local / global : des items qui touchent des soucis de la vie quotidienne (vivre dans des tours quand les ascenseurs tombent souvent en panne, le coût de la construction…) et d’autres plus globales (mentions du capitalisme et de la recherche de profit dans ce qui doit cesser…). Là encore il aurait été plus fertile de mettre en dialogue ces contributions, voire d’aider à les « déplier », reformuler pour explorer leurs ramifications. Par exemple à partir d’une situation difficile de retour au travail imposé, nous avons questionné les normes biologiques implicites voire invisibles.

J’aimerais un jour disposer de plus de temps avec les participants pour explorer aussi la place et les modes d’évolution des dimensions « psychologiques » des changements souhaités : une fois qu’on a exprimé qu’il faudrait faire disparaître l’individualisme ou les préjugés, comment on s’y prend ? Comment nourrir l’aspiration du « vivre ensemble entre voisins » ? (donc sans doute entendre la difficulté vécue par la personne qui exprime ce souhait).

Comment développer la fondation du respect, de l’écoute attentive à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une nation, d’une civilisation ?

Autour du soin, à la fois fondement et ingrédient d’une société meilleure, je retiens (formulation après quelques échanges) : « Apprentissage de l’attention à son propre corps, et du savoir-faire pour en prendre soin« . En effet tout à fait ignorés à la fois dans l’éducation et dans la culture des adultes (relation probable de cause à effet, comment des adultes mal à l’aise avec leurs corps pourraient-ils aider les enfants à écouter, explorer le leur ?)

Comme chaque fois, la « musique », la « couleur » de ce jour-là est spécifique, même si l’on retrouve des tendances de fond présentes dans la fresque « complète ». J’ai autant de plaisir à découvrir ces variations qu’à sentir la vague de fond.

La moisson

Voici donc pour que chacun.e puisse en profiter les 5 compilations (dans un post précédent j’avais partagé les contributions recueillies en juillet 2024).

Les post-it « ce qui doit mourir » subjectivement regroupés
Ce qui peut (re)naître
Comment on peut s’y prendre ?
Où est-ce que ça s’expérimente ?
Au fond, quelles « fondations » pour une société désirable ?

Les visiteurs les plus à l’aise avec l’informatique pourront retrouver ça sur le tableau Miro dédié (création d’un compte utilisateur nécessaire semble-t-il).

La fresque complète

Je prendrai le temps de compléter la version « intégrale » de la Fresque du Buen Vivir en intégrant quelques éléments nouveaux tirés de ces partages.

La version imprimée n’était pas assez lisible pour être exploitable, même au format A0, mais vous pouvez encore consulter la version de mai sur Klaxoon (que j’abandonnerai sans doute à la rentrée, abonnement prohibitif pour un usage occasionnel et grand public)

La version « print » de la Fresque du Buen Vivir (version juin 2025)

Quelle(s) suites ?

Sur nombre de questions soulevées, nous avions des ressources à disposition (livres, références…) que nous n’avons pas utilisées. Je rêve d’une communauté locale informelle qui prendrait le temps de les explorer, en partant de ces contributions, et permettrait à celles et ceux qui le souhaitent de connaître les autres acteurs locaux plus engagés, initier peut-être des projets communs à quelques-uns ou simplement créer de nouveaux liens….

Au fil des rencontres, la liste des participants s’allongera, cette expérience me donne envie de la prolonger en restant à l’échelle du quartier. Et pourquoi pas dupliquer sur un autre quartier de Rennes ? Mais je ne suis pas sûr de pouvoir en réorganiser pendant l’été, rendez-vous à la rentrée ?

Je rappelle que n’importe qui peut s’emparer de la proposition pour tester ailleurs, je fournis volontiers les supports / outils d’animation à adapter. Une mise en commun de l’expérience est fortement conseillée !

D’ailleurs je vous invite, que vous ayez participé ou non à une rencontre, à ajouter ci-dessous vos propres commentaires à ce billet !

Vers un Tiers Lien plus « militant »

Je sens aujourd’hui une forme d’urgence à partager et contribuer à développer des espaces d’intercompréhension au service d’un monde meilleur pour les humains et pour tout le champ du vivant, plus encore qu’à la création du Tiers Lien en 2020.

J’ai beaucoup hésité entre deux versions du Tiers Lien :

  • Un Tiers Lien « social » dont l’objectif est de provoquer des rencontres favorisant un décloisonnement social, de permettre à des personnes de découvrir d’autres façons de vivre, de penser, en rencontrant avec le cœur et l’esprit ouvert des mondes qu’ils côtoient mais dont ils ignorent tout. En faisant le pari que de proche en proche cela permettra plus de tolérance mutuelle, de coopération, de paix.
  • Un Tiers Lien « militant », qui propose d’explorer les dérèglements systémiques de nos sociétés dans des cercles de dialogue thématiques, et mettre en lien toutes les contributions à une transformation désirable. C’était le premier élan issu de ma participation au MOOC u.lab fin 2019

J’ai commencé à développer le premier pour éviter que mes propres préoccupations ne deviennent un facteur de sélection des participants, à l’encontre de la volonté inclusive. Les réponses à la question « faut-il un thème de départ ?», explorée lors de mes premières rencontres, étaient très variées.

Sans devoir changer son slogan, « Invitation à des conversations authentiques dans / pour un monde qui change », le Tiers Lien (re)devient un creuset d’une mise en lien plus militante.

L’utopie du « Tiers Lien social » n’est sans doute pas caduque ni stérile pour autant, mais nécessitera quelques décennies et l’effort de nombreux pionniers et pionnières pour devenir une pratique banale. N’hésitez pas à vous emparer de cette intention et tester, je partagerai volontiers vos expériences sur le web Tiers Lien.

Les prochaines rencontres viseront donc à se parler de nos élans et moyens d’action, en utilisant comme toile de fond et prétexte la Fresque du Buen Vivir dont vous trouverez ici la présentation initiale.

Vous pouvez librement en parcourir la version numérique, et en suivre les futurs déploiements :

Tout ce travail reste en usage libre sous licence CC-By-SA 4.0, libre à vous d’en faire un support pour d’autres rencontres.s

N’hésitez pas à partager ici en commentaire ce que ça vous inspire !