Cercles mode d’emploi

Dans cette page vous allez découvrir comment :

  • Créer un groupe, définir son cadre
  • Vérifier la convergence ou au moins la compatibilité des intentions des participants
  • Choisir un « protocole » d’échange pendant les rencontres ; trois méthodes sont données en exemple, deux pour partager l’ensemble des vécus dans le groupe, la 3e plus au service d’un participant à la fois.

Cette présentation extensive ne se veut pas un cadre rigide s’imposant à tous les groupes dès la première rencontre, ni même ensuite. L’important est que les initiateurs du cercle s’approprient ces suggestions pour les adapter à sa situation spécifique, à ses membres, et retiennent le minimum nécessaire à partager pour assurer la sécurité des participants.

L’intérêt d’un tel échange sur du temps court (typiquement 1h30 maximum) est qu’il « impose » d’aller à l’essentiel, permet d’éviter les commentaires intellectuels ou les tentatives d’influence, invite chacun à exprimer depuis sa propre expérience du moment.

En complément de ces éléments méthodologiques, la page « Les outils du côtoyen » présente plus spécifiquement les compétences relationnelles développées par les participants via cette expérience de conscience / intelligence collective.

Créer un groupe, définir son cadre sur la durée

Pour créer un cercle de côtoyens il suffit de 5 ou 6 personnes qui souhaitent ouvrir de temps en temps des fenêtres sur le monde qu’elles souhaitent voir advenir, et chercher ensemble comment partager leurs aspirations, perceptions, idées, sentiments et – si l’alchimie fonctionne – faire un pas dans cette direction, individuellement ou collectivement.

Il n’est pas nécessaire d’être déjà engagé dans une action « militante », ni de disposer d’une expertise quelconque, ni même d’avoir une intention claire de ce que l’on souhaite voir changer. L’intention et les moyens d’action mûrissent avec le processus collectif.

Les participants conviennent entre eux de la fréquence et de la durée des rencontres qui leur conviennent, et éventuellement des modalités pratiques (où, avec quels outils si à distance…). Nous recommandons au minimum 1h15.

Lors de la première rencontre le groupe précise ses propres règles, en s’appuyant si besoin sur la charte du côtoyen, notamment la durée de vie du groupe, les règles d’entrée / sortie éventuelles. Un scénario simple : On se voit 7 fois, puis chacun va continuer son chemin, et peut-être l’un des participant proposera-t-il quelques mois plus tard de relancer le groupe avec ceux qui le souhaitent, et éventuellement de nouveaux membres.

Dans un contexte professionnel il peut être pertinent de choisir quelques règles communes à plusieurs groupes pour faciliter l’expression des intentions des porteurs du projet de changement et financeurs, et l’évaluation du dispositif.

Vérifier l’intention commune générale

Intention générale : ne pas se précipiter, prendre le temps de se regarder, sentir que nous sommes là les uns avec les autres, les uns pour les autres. Peut-être prévoir un rituel, un temps de silence, un « sas » pour se désencombrer de nos soucis quotidiens et « arriver » vraiment, corps et émotions disponibles pour le groupe.

Humanisme sous-jacent : chaque personne a une forme de sagesse tirée de son expérience de la vie, quel que soit son parcours et ses diplômes. Cette sagesse spécifique peut être très utile, surtout à ceux qui ne voient pas le monde avec les mêmes yeux. Il n’y a pas de hiérarchie au sein d’un cercle.

Attribution de quelques rôles (tournants) pour faciliter les échanges :
Il est souhaitable que l’un des membres du groupe soit volontaire (à tour de rôle) pour être le « gardien du temps », légitimé pour signaler au groupe le temps qui passe, éventuellement à l’un des participants qu’il prend beaucoup de temps (le faire avec doigté demande aussi de l’entrainement). Néanmoins chacun est totalement coresponsable du temps qui passe, du temps pendant lequel il conserve la parole, de son souci de la passer aux autres. Nul ne doit compter sur le gardien du temps pour l’interrompre.

Un autre membre du groupe est invité à prendre le rôle de facilitateur / animateur, dont la mission principale est d’assurer que chacun s’exprime, apporte sa contribution et respecte le protocole choisi. Voire à certains moments proposer des temps de silence pour que chacun puisse réfléchir / ressentir ce qui se passe, ce qu’il est important de partager…

Tout le monde n’est pas « coach professionnel », les membres du groupe sont là pour apprendre ensemble, l’invitation au soutien mutuel s’applique aussi à ces rôles. De plus chaque participant est aussi légitimé à signaler des attitudes qui peuvent nuire à la dynamique du groupe.

Lors de la première rencontre, vérifier que chacun a bien compris les règles communes du groupe, notamment la confidentialité, la nécessité d’éviter l’expression de jugements les uns sur les autres, voire d’autres règles que le groupe souhaite se donner (partage ou non des coordonnées, engagements, lieux de rencontre…). Y revenir lors des rencontres suivantes si l’un des participants le demande. Peut-être aussi partager « ce qui m’a conduit ici, dans ce groupe ».

Ajouter si possible lors de chaque rencontre un temps pour identifier avant de se quitter comment fonctionne le groupe, les rôles, ce qui permet d’être « justes » les uns avec les autres, faire des interventions bienveillantes et utiles…

Choisir une ou des méthodes d’échange

Pour que le groupe produise des effets sur ses participants (apprentissages, sentiment d’avancer…), il est utile de disposer de méthodes d’échange évitant les discussions « à bâtons rompus », qui finissent souvent par tourner en rond. Ceci dit, un cercle peut toujours s’essayer aux rencontres « improvisées », et voir ce que cela apporte aux présents.

En complément des propositions qui suivrent, de nouvelles pourront être imaginées, et seront partagées sur ce site Tiers Lien, pour constituer progressivement un patrimoine méthodologique commun. Sentez-vous libres d’exploiter les compétences disponibles dans votre groupe pour fonctionner autrement.

Un premier processus de dialogue : Percevoir et ressentir ensemble

Ce principe d’échange est peut-être pertinent lors des premières rencontres du groupe, avant d’entrer plus concrètement dans les préoccupations de chacun (2e processus proposé ci-après), ou lors de circonstances particulières (comme la crise sanitaire que nous vivons au printemps 2020). La fréquence des rencontres peut être augmentée en cas de situation difficile pour les membres du groupe.

Découpage proposé pour une session d’une heure

  1. (Re)prise de contact, tour en 5 minutes : Chacun redit son prénom, d’où il vient (par ex.), et sa préoccupation / question du moment
  2. 3-5 minutes de silence, Se centrer – s’ancrer – ressentir – respirer ensemble avec la conscience de la présence mutuelle, colorée par ce qui vient d’être dit
  3. 30 minutes (N fois 5 minutes), chacun s’exprime à partir des questions suivantes : Comment vas-tu ? Que se passe-t-il autour de toi (famille, travail, groupes sociaux, communautés…) ? Quel est ton état intérieur au milieu de tout ça ? Quel est le « nouveau » qui commence à émerger ? Qu’es-tu invité(e) à lâcher ? (ces deux dernières questions semblent « inhabituelles » au début, leur profondeur se révèle petit à petit)
  4. 5 minutes de contemplation/ silence – Une fois que tout le monde a partagé… S’ARRÊTER, Inspirez. Expirez. Laissez les échos de chaque récit résonner et vous traverser. Prenez un temps pour remarquer ce qui vient en vous maintenant (à travers votre esprit, votre cœur, votre corps).
  5. 5 minutes : miroir. Chacun partage (sans commenter) l’image, le sentiment, la sensation, le dessin ou le geste qui lui est venu pendant le temps de silence ou l’écoute des récits.
  6. 5 minutes : Dernières réflexions – Prise de notes personnelles. Que vais-je faire au cours des prochaines semaines pour renforcer ma capacité à accueillir la situation et me préparer à ce qui émerge ? Noter toute idée, pratique ou inspiration à explorer au cours des semaines à venir. Partage.
  7. 5 minutes : Clôture – vérifier accord sur le prochain rendez-vous et sa durée, éventuellement nommer une intention / vigilance partagée à entretenir par chacun d’ici-là.

Dans ce processus, chacun se laisse toucher par ce qu’il perçoit des autres situations, ce que ces évocations éveillent en lui. Il partage son sentiment ou ses images, sensations du moment, à partir de l’expression du groupe, voire de ce que cela lui fait percevoir du « champ social » plus large dans lequel baigne le groupe.

S’il souhaite néanmoins faire référence aux paroles de tel ou tel qui l’auraient spécialement marqué, rester vigilant à ne pas formuler ce qui pourrait sembler une évaluation, un jugement, une opinion sur la situation ou la personne.

Ce « protocoles » d’échange est directement inspiré des pratiques des « cercles de solidarité sociale » expérimentés dans le cadre de l’initiative « GAIA ». Ces propositions, mises à disposition sous une licence Creative Commons par le Presencing Institute, peuvent être utilisées sans droits à payer.

Vous pouvez télécharger les documents de référence ici :

La seconde pratique demande sans doute un peu de maturité relationnelle dans le groupe, et un accompagnement par un facilitateur car elle fait appel à l’intelligence du corps comme accès au changement émergent (inspirée de la pratique du théâtre de présence sociale).

Ces deux démarches ont pour objectif principal de partager perceptions, sentiments, élans dans le contexte vécu par les participants (c’est le bouleversement induit par le COVID-19 qui a poussé le P.I. à diffuser ces outils plus largement). C’est à la fois un développement de la conscience de ce qui est présent aujourd’hui pour chacun, et d’accueil de ce vécu dans une vision plus large de ce que traverse l’humanité et la planète.

Ces deux propositions ne permettent pas d’aller regarder en profondeur les projets et actions de chacun. D’autres processus peuvent mettre le groupe au service de chaque participant, tout en conservant l’intention de l’écoute transformative, des reflets non intellectuels pour élargir la perception de chacun. Par exemple, le processus « case clinic » expérimenté dans les cercles de coaching (u.lab 1x).

Un second processus de dialogue : « tous pour un(e) »

Un premier principe général : chacun parle de soi à la première personne, de son expérience, de ses émotions, éventuellement de ses croyances et connaissances, et évite de parler en termes évaluatifs ou de conseils à une autre personne du groupe (tu…). Attention au piège qui consisterait à dire « je pense que tu… ou je ressens que tu… c’est une façon de tricher avec la consigne.
Voici un protocole de support en 6 étapes, durée 1 heure :

  1. Le « porteur du sujet » présente au groupe (en 10-15 minutes) ses aspirations personnelles et l’intention à propos de laquelle il souhaite être aidé. Le sujet doit être actuel, concret et important pour lui, et il doit y jouer un rôle précis. Plus la présentation est « incarnée », rendue vivante, plus elle va toucher le groupe sur des points importants. Il peut inclure ce qu’il perçoit aujourd’hui comme des limites personnelles. Donner les informations importantes sans se noyer dans les détails.
    Les autres écoutent vraiment, sans interrompre, en étant attentif aux images, métaphores et sensations que l’histoire évoque pour eux-mêmes (voir ci-après les niveaux d’écoute).
  2. Pendant 3 minutes de silence, connectez-vous à ce que vous entendez et ressentez au fond de vous, laissez venir et notez images, métaphores, sentiments, peut-être des gestes qui illustreraient mieux que des mots ce que vous ressentez.
  3. En 10 minutes au total, chacun à tour de rôle, sans discussion, partage les images/métaphores, sentiments ou gestes qui se sont manifestés pendant la période de silence ou la présentation. Tous les autres continuent d’écouter / ressentir avec attention.
    Le porteur du sujet donne au groupe un « retour » sur ce qui lui parle le plus, sur ce que ces réactions font naître en lui, notamment comme repères pour agir de façon « écologique » pour lui-même.
  4. Dialogue générateur (20 minutes) : Le cercle continue de se mettre au service du porteur du sujet, qui peut interroger le groupe sur ce qu’il souhaite voir approfondir. A ce stade, peut-être que des idées, des propositions concrètes peuvent trouver leur place, tant qu’il ne s’agit pas d’injonctions à agir d’une manière « faisant autorité », volontairement ou non.
  5. 10 minutes : clôture du sujet par les membres du cercle, le porteur de sujet s’exprimant en dernier, mettant en relief un ou deux points remarquables des contributions, remerciant le groupe.
  6. 2 minutes de silence pendant lesquelles chacun note pour lui-même les « enseignements » qu’il tire de ces échanges, pour la conduite de ses propres activités personnelles et professionnelles.

Cette présentation s’appuie sur le document traduit de la pratique « case clinic » par le Hub u.lab de Bruxelles (2015). J’ai préféré retraduire par « porteur de sujet » l’anglais « case giver ». Les praticiens du codéveloppement professionnel y trouveront des similitudes dans les rôles, et peut-être une inspiration qualitative pour certaines rencontres.

Un peu d'auto-promotion :  voir le chapitre "pour un codéveloppement professionnel Gestaltiste" dans l'ouvrage "C'est le bazar et c'est tant mieux" aux éditions AFNOR.